Du pont au ponton, il n’y a qu’un pas qu’Adrien Hardy et Stan Maslard ont finalement franchi dans la nuit antillaise de mardi à mercredi lors de leur arrivée à Saint-Barthélemy. Après 23 jours de mer et plus de 3 710 milles parcourus, AGIR Recouvrement termine la Transat AG2R LA MONDIALE en 16ème position.
L’édition 2010 sacre les talentueux Armel Le Cléac’h et Fabien Delahaye sur Brit Air qui ont brillé par la qualité de leur trajectoire et la rapidité de leur Figaro.À côté de ce classement officiel, on pourrait en établir un autre, officieux celui-ci, qui récompenserait l’équipage ayant assuré un véritable spectacle, généré du suspense et pris des risques importants. Selon ces critères, c’est bien évidemment le figaro AGIR Recouvrement qui monterait sur la plus haute marche pour son audacieuse route au nord. Retour sur une Transat aussi relevée que passionnante.
Tout commence à Concarneau le 18 avril dernier dans des petits airs où 25 Figaro s’élancent à destination des Antilles pour une course transatlantique. Et tout se joue quelques jours après au large du Portugal où une météo capricieuse et instable permet à cinq bateaux de s’échapper en tête. Adrien Hardy revient sur ce moment capital : « Rétrospectivement, nous sommes un peu déçus, car contrairement à d’habitude, je n’avais pas pris une option très risquée, nous étions en milieu de flotte. Notre positionnement aurait du payer car à quelques détails près, nous faisons quasiment la même route que Savéol qui passe 1er aux Canaries. Il y a en particulier une journée où on était bord à bord avec eux, un peu derrière, et en 2 heures on les a vus s’éloigner sur l’horizon et nous ne les avons jamais revus. D’heure en heure ils ont creusé l’écart alors que nous avions une route semblable à eux. Nous avons manqué de réussite sur ce coup-là. » Le souvenir est d’autant plus amer que ce qui se joue au large du Portugal est décisif : on assiste à un passage à niveau où certains coureurs s’extirpent assez facilement de la bulle alors que les autres sont quasiment arrêtés. Les écarts créés à ce moment-là ne seront en effet jamais comblés par les poursuivants.
Dans ces conditions, Adrien et Stan, pointés en 16ème position avec 110 milles de retard aux Canaries, décident de jouer la gagne en prenant une option risquée : ils optent pour la face nord de l’atlantique. Si le sentier de randonnée sécurisé passait par le sud, l’itinéraire escarpé et risqué empruntait la voie du nord. La cordée AGIR Recouvrement escalade les obstacles et remonte ses concurrents un à un pour finalement s’installer 48h durant en tête du classement. Des conditions météo défavorables et un angle de vent moins bon pénalisent ensuite le duo qui ne peut que constater la redoutable remontée des sudistes. Adrien revient sur les motivations de cette option : « Ce que j’aime, c’est jouer, qu’il y ait de l’action. Pendant 20 jours, être à la queue leu leu, ça ne nous intéressait pas du tout. L’idée était de prendre un risque. Même si le résultat me déplait, je ne suis pas déçu de notre course, on a bien navigué. » Stan Maslard confie de son côté : « On ne regrette rien. On a fait une transat sympa, on a pris des risques. »
Revenant sur le duo formé avec ce dernier Adrien explique : « Le rythme sur une Transat n’est pas simple : la plupart du temps on se croise, l’un barre, l’autre dort ou mange. On fait avancer le bateau au mieux donc on optimise les rôles. » Le skipper d’AGIR Recouvrement nous livre également un des temps forts de la course : « Je garde un bon souvenir des nombreuses tortues rencontrées avant d’arriver aux Canaries, on se demande toujours d’où elles viennent et où elles vont… » Les Figaro partiront de Saint-Barthélemy sur cargo le 23 mai et arriveront le 6 juin à Lorient. Quelques jours plus tard, à partir du 12 juin, Adrien participera à la très disputée Solo Quiberon. Une régate originale où les meilleurs skippers de la course au large se livrent une bataille sans merci sur des parcours bananes.





















