On connaît une des grandes vertus du circuit Figaro-Bénéteau : chaque coureur s’aligne au départ avec un bateau identique et c’est la qualité du marin qui fait ensuite toute la différence. Derrière chaque skipper, on néglige souvent les discrets travailleurs de la mer que sont les entraineurs. D’où tout l’intérêt d’une plongée avec l’entraineur d’Adrien Hardy pour mieux éclairer l’univers sportif du skipper d’AGIR Recouvrement. Entraineur reconnu et expérimenté de skippers de course au large, Tanguy Leglatin, coache à l’année près 60 coureurs sur de multiples supports : Minis, Class 40, Figaro-Bénéteau, 60 pieds IMOCA et multicoques. Stratégie, pilotage, manœuvres, conduite, réglage de voiles, il travaille sur l’eau l’ensemble de ces éléments avec Adrien depuis 10 ans. Il partage avec le skipper d’AGIR Recouvrement ce goût pour les nouvelles idées, la recherche d’améliorations et le patient travail de fond qui a permis à Adrien de devenir l’un des meilleurs figaristes du circuit.

 

À Lorient, Adrien et Tanguy travaillent ensemble depuis 2007, année de bascule où le marin nantais passe du circuit Mini 6.50 au Figaro : « Ma manière de travailler a intéressé Adrien : il y a évidemment l’approche technique, la conduite du bateau et les réglages, mais pas uniquement. La préparation physique tout comme l’approche individuelle de chaque coureur est capitale, la part du « mental » dans la réussite d’une course et d’une saison est déterminante. J’essaie donc de travailler avec la personne dans sa globalité et de proposer une vision globale de la course au large. La voile touche à de multiples domaines et dès qu’on en travaille un, il rentre en interactions avec d’autres : la technique, la stratégie, la météo, la gestion du sommeil, les sensations ressenties à la barre, l’observation du plan d’eau, etc. »

La dynamique de progression d’un skipper repose notamment sur la capacité à bien analyser les points forts et faibles : « Depuis que la Solitaire se déroule en juin, le travail de bilan de la saison et de remise en cause se passe à l’automne : à ce moment, on analyse toutes les courses, on lance des idées et des pistes de travail puis on valide ou non et ensuite en début d’année suivante on réinstalle des repères basiques, solides pour se placer dans le rythme des courses qui arrive assez très tôt d’une saison assez dense. Il faut savoir que le Figaro ce n’est pas comme le vélo : quand le skipper arrête pendant la trêve hivernale ou change de support pendant plusieurs mois, il ne reprend pas instantanément ses marques, il y a tout un travail à faire pour retrouver un niveau d’excellence. C’est un bateau où il faut être très précis, dans la manière d’opérer un virement, une trajectoire, un envoi de voile. Donc chaque début de saison, on retravaille ces points. »

Saison 2017 : analyse du début de saison d’Adrien et pronostic pour la Solitaire
« Adrien est un très bon barreur, il fait bien attention aux trajectoires et est précis sur les phases de contact. Il a encore une marge de progression pour quelques réglages, en début d’année on a axé les entrainements sur ces quelques aspects. Adrien réalise un très bon début de saison. Il a trouvé les bons paramètres pour avoir une bonne vitesse à toutes les allures. Cette année, le championnat de France est assez révélateur, les trois premières courses disputées peuvent être prises comme l’équivalent de 3 étapes de la Solitaire du Figaro, il est actuellement 4e du championnat, c’est donc très encourageant ! Par rapport à la redoutable concurrence, Adrien a tous les atouts pour bien faire. Il a l’expérience, après une pause sur la Solitaire l’an dernier, il revient avec un regard frais. »

Tanguy Leglatin offre un regard d’expert sur la singularité du circuit Figaro : « Une des grandes difficultés du Figaro c’est qu’il faut être expérimenté pour gagner, mais avec les années, la fougue des débuts s’estompe progressivement. A partir de la troisième année et des suivantes, il y a un risque de routine, de lassitude de ne pas être dans la création, mais seulement dans la répétition. Il faut réussir à se renouveler, trouver comment ne pas faire les mêmes erreurs. Il y a beaucoup de psychologie, car chaque coureur vit des situations ou des courses où il est en retrait, en difficulté et a peur de perdre des milles. Il faut trouver le juste milieu entre la réinvention et la régularité avec des repères solides. On a un plateau très relevé et beaucoup de très bons skippers qui peuvent gagner. Le mental aura une part considérable dans cette Solitaire. Les deux premières étapes seront décisives : on verra si quelques coureurs se détachent des autres ou si on aura une Solitaire très ouverte jusqu’au bout… »