C’est une option stratégique qui pourrait bien avoir des airs de victoire : Adrien Hardy et Thomas Ruyant occupent la première place depuis maintenant 48h et possèdent ce matin 22 milles d’avance sur le 2e BRETAGNE CMB PERFORMANCE. Les deux duos avaient jusqu’ici navigué sur une route proche au nord de la flotte et CMB avaient alors un avantage de 5 milles sur AGIR. Si CMB a choisi une route plus « conservatrice » plongeant vers les « sudistes » pour les contrôler, Hardy et Ruyant ont au contraire préféré jouer pleinement avec les oscillations de vent, les masses nuageuses pour accélérer et gagner vers l’Ouest et la route directe. La journée d’hier a été menée de main de maître par le duo : à suivre leur trace, on voit qu’ils ont attentivement observé le ciel pour suivre les bons nuages, qu’ils ont beaucoup joué avec les vents changeants et enchaîné les empannages pour exploiter au mieux les bascules de vent : en mode « régate côtière » au milieu de l’océan ! Contrairement aux « sudistes » qui jouent l’extérieur du virage (plus de route mais plus de vent), les deux marins ont opté pour l’intérieur du virage (moins de route mais un peu moins de vent) qui s’est pour l’instant révélé très judicieux, car depuis 48h AGIR n’a pas été ralenti et même a été plus rapide que son plus proche concurrent, CMB. À la vacation de ce matin, Adrien savoure sa position mais insiste sur les aléas qui entourent les 6 dernières journées de navigation : la présence massive d’algues, surveiller les sudistes, veiller aux grains, choisir le meilleur atterrissage à Saint Barth…

 

Confiant mais prudent Adrien Hardy expliquait à la vacation de 5h ce vendredi 4 mai : « Nous sommes les plus au Nord et ça marche bien : on fait route directe vers St-Barth. On a eu pas mal de vent hier car les alizés sont désormais bien installés. Nous sommes contents de voir qu’ils semblent équilibrés. Les gars du Sud vont un tout peu plus vite, mais c’est assez proche donc c’est une bonne chose pour nous. On fait du plein Ouest, il y a 20 nœuds de vent. C’est confortable. On prévoit une arrivée le 10 au soir à St-Barth… Les pièges ? C’est toujours de savoir quelle sera la direction du vent les deux derniers jours et même la dernière journée. Savoir si tu arrives en tribord ou en bâbord. Il faut être bien positionné pour le dernier bord, c’est souvent cela qui peut faire la différence. Il faut essayer d’anticiper et être bien placé pour la dernière bascule. Après, plus nous allons avancer, plus nous allons avoir des grains importants. Ce sont les aléas. Il y a aussi les sargasses même si c’est une inconnue pour nous. Quand on regarde à l’échelle de l’Atlantique, on est encore assez loin de l’arrivée donc on garde un œil attentif sur le comportement des Sudistes. Les écarts peuvent rapidement se combler. »

 

Tanguy Leglatin, entraîneur sportif sur l’eau d’Adrien et Thomas, décrypte les prochains jours de course : « Il faut être prudent car il y a toujours un écart entre les fichiers météos et la réalité, mais globalement il y aura plus de pression au sud, mais à trois jours de l’arrivée l’angle sera moins favorable pour les sudistes. Il y aura alors moins de vent et être en bâbord sera plus avantageux, c’est à dire la position d’AGIR au nord. Cela va être passionnant à suivre et l’arrivée sera serrée, cela va se jouer sur la capacité à bien exploiter les bascules de vent, les oscillations, les sargasses, les nuages, la fatigue… »